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Adresse au directeur départemental

publié le jeudi 24 octobre 2019

Monsieur le Directeur des Finances Publiques,
Il est hélas aujourd’hui de bon ton dans la société de brocarder le fonctionnaire, surtout quand il s’agit d’un fonctionnaire d’autorité.
Les policiers, gendarmes et même pompiers en font souvent les frais.
Les agents de la DGFiP constituent une part entière de ces fonctionnaires d’autorité qui sont là pour défendre l’intérêt général incarné par celui du Trésor, donc de l’État.
Un seuil de gravité vient d’être franchi de manière inacceptable. Si les agents sont tristement habitués à voir leur rôle caricaturé, parfois à l’extrême, par des personnes extérieures à notre maison et aux institutions publiques, que dire lorsque ces attaques proviennent de l’intérieur, et de surcroît du sommet de l’État, État pour lequel les agents de la DGFIP œuvrent pourtant au quotidien ?
Ainsi, les propos prononcés par le Chef de L’État en personne le 10 octobre dernier au forum annuel Bpi France devant des centaines d’entrepreneurs doivent être condamnés avec la plus grande fermeté :
« Vous pouvez le dire de ma part : quand quelqu’un arrive et pour la première fois vous met la douille, vous dit je vous mets tout de suite les pénalités plein pot, vous pourrez lui dire, ’j’ai vu le président de la République, il nous a dit qu’il y a le droit à l’erreur !’
S’ils ne sont pas au courant vous m’écrivez ! Et ce sera corrigé ! ».
Ces propos émanant de la plus haute autorité du pays sont très graves. En effet, en invitant les entrepreneurs à le contacter directement, le Président de la République fait fi de toutes les règles de droit et de procédure qui régissent l’action des pouvoirs publics et dont il est pourtant censé être le garant.
Pire, il nuit à l’autorité de ses fonctionnaires en sapant le bien fondé de leurs interventions par le présupposé douteux qu’ils méconnaîtraient le droit applicable !!!
Il convient de rappeler que les agents des Finances publiques n’ont pas attendu une loi pour appliquer le droit à l’erreur. La DGFIP a été l’une de premières administrations à adopter un traitement différencié entre le contribuable de bonne foi et celui qui ne l’était pas, graduant ainsi sa réponse de manière professionnelle et adaptée.
Il n’a jamais, en effet, été question de pénaliser quelqu’un “plein pot” pour reprendre les termes, assez triviaux, adoptés par M. Macron.
Aussi, ce mauvais procès fait, devant des entrepreneurs, par le Président de la République, aux agents de l’État qu’il est pourtant censé défendre apparaît comme particulièrement choquant, profondément injuste et témoigne surtout d’une méconnaissance des modalités d’intervention des agents publics, la très grande majorité des contrôles se déroulant dans de très bonnes conditions.
Au final, ces propos discréditent les agents visés alors que leur auteur a pour rôle d’être garant des institutions. En cela, personne n’en ressort grandi et c’est profondément désolant.
C’est pourquoi, nous vous demandons, M le Directeur des Finances Publiques, que vous vous fassiez l’écho auprès des plus hautes autorités du ministère du ressenti des agents qui ne souhaitent plus être discrédités de la sorte, et de leur profond mécontentement.